Un compte rendu d’ECBU mentionne « rares cellules épithéliales » et la lecture s’arrête sur cette ligne. Le reste de l’analyse affiche une leucocyturie basse, aucune bactérie significative, pas de nitrites. Faut-il s’inquiéter de ces cellules épithéliales dans les urines ou considérer le résultat comme normal ?
Gradation « rare / few / moderate / many » : ce que le laboratoire mesure vraiment
Les laboratoires d’analyses utilisent une échelle semi-quantitative pour décrire la présence de cellules épithéliales au microscope. La mention « rare » (ou « rares ») correspond au niveau le plus bas de cette gradation. Elle signifie que le technicien observe très peu de cellules par champ microscopique.
Cette gradation, reprise dans la plupart des comptes rendus français, oriente d’abord vers une question de qualité du prélèvement plutôt que vers une pathologie uro-rénale. Rares cellules épithéliales orientent vers un prélèvement correct, tandis qu’une mention « nombreuses » ou « moderate to many » fait suspecter une contamination par les cellules de la peau ou des muqueuses génitales au moment du recueil.
Le piège fréquent consiste à focaliser sur cette ligne isolée. Or l’interprétation ne prend son sens qu’en la croisant avec les autres paramètres : leucocytes, bactéries, hématies, cylindres, protéines. Un ECBU qui affiche « rares cellules épithéliales » sans anomalie associée est, dans la très grande majorité des cas, un examen rassurant.

ECBU sans symptômes : le problème du sur-dépistage urinaire
Les lignes directrices récentes de l’Association Européenne d’Urologie (EAU), dans leurs actualisations 2024-2025, insistent sur un point rarement relayé dans les articles grand public. L’ECBU ne doit pas servir de dépistage de routine chez un sujet asymptomatique, en dehors de contextes très précis comme la grossesse ou une chirurgie urologique programmée.
La présence de rares cellules épithéliales sans leucocyturie ni bactériurie significative chez un patient sans symptômes est considérée comme dénuée de pertinence clinique. Les sociétés savantes pointent un risque concret : la dérive vers un sur-diagnostic et un usage inapproprié des antibiotiques.
Pourquoi un ECBU « de confort » pose problème
Prescrire un ECBU à titre systématique, par exemple lors d’un bilan de santé sans plainte urinaire, génère des résultats qui appellent parfois des explorations supplémentaires inutiles. Un médecin repère « cellules épithéliales » ou une légère leucocyturie, prescrit un second examen, voire un antibiotique par précaution.
Ce scénario alimente la résistance bactérienne sans bénéfice pour le patient. Les recommandations EAU 2024-2025 qualifient cette pratique de prescription d’ECBU « de confort » à éviter. La règle de base reste simple : pas de symptômes urinaires (brûlures, pollakiurie, fièvre), pas d’ECBU systématique.
Résultats de l’ECBU : quand les cellules épithéliales signalent un vrai problème
La mention « rares cellules épithéliales » devient significative lorsqu’elle s’accompagne d’autres anomalies. Le type de cellule épithéliale retrouvée compte aussi. Les laboratoires distinguent trois catégories principales :
- Les cellules squameuses (pavimenteuses), les plus fréquentes, proviennent de l’urètre distal ou de la région génitale. Leur présence, même en nombre modéré, traduit le plus souvent une contamination du prélèvement au moment du recueil.
- Les cellules transitionnelles tapissent la vessie et les uretères. Une augmentation nette, associée à des hématies ou des cylindres, peut orienter vers une inflammation vésicale ou, plus rarement, vers une lésion urothéliale nécessitant des explorations complémentaires.
- Les cellules tubulaires rénales sont les plus rares dans un ECBU standard. Leur présence, même en petit nombre, attire l’attention du biologiste car elle peut refléter une atteinte du parenchyme rénal (néphrite, nécrose tubulaire).
Le type de cellule épithéliale compte autant que leur nombre. Un compte rendu mentionnant « rares cellules squameuses » n’a pas la même portée qu’un résultat signalant des cellules tubulaires rénales, même en faible quantité. Le premier est banal, le second justifie un avis médical rapide.
Interpréter un ECBU rassurant : les paramètres à vérifier soi-même
Avant de contacter son médecin, il est possible de repérer les lignes du compte rendu qui confirment un résultat normal. Un ECBU sans infection urinaire présente un profil reconnaissable :
- Leucocytes inférieurs au seuil pathologique (le laboratoire indique la valeur de référence sur le compte rendu)
- Absence de bactéries à l’examen direct ou culture négative
- Absence de nitrites à la bandelette
- Hématies absentes ou en très faible nombre
- Cellules épithéliales mentionnées comme « rares » ou « quelques »
Si tous ces critères sont réunis, l’ECBU est considéré comme négatif sur le plan infectieux. Les rares cellules épithéliales ne modifient pas cette conclusion. En revanche, un seul paramètre hors norme (leucocyturie franche, bactériurie significative, présence de cylindres) change la lecture et nécessite un avis médical, même si les cellules épithéliales restent peu nombreuses.
Quand refaire l’examen
Un second ECBU se justifie dans deux cas principaux : un premier prélèvement réalisé dans de mauvaises conditions (absence de toilette locale, recueil en dehors du jet milieu) ou une discordance entre les symptômes ressentis et les résultats. Un patient qui présente des brûlures mictionnelles avec un ECBU négatif peut bénéficier d’un nouveau prélèvement, car la sensibilité de l’examen n’est pas absolue.
À l’inverse, un ECBU négatif chez un patient asymptomatique ne justifie pas de contrôle. Refaire un ECBU normal sans symptômes relève du sur-dépistage que les recommandations européennes cherchent à limiter.

La mention « rares cellules épithéliales » dans un ECBU par ailleurs normal traduit un renouvellement physiologique des tissus qui tapissent les voies urinaires. En l’absence de leucocyturie, de bactériurie et de symptômes, ce résultat ne nécessite ni traitement ni examen complémentaire. Le réflexe le plus utile reste de lire l’ensemble du compte rendu plutôt qu’une ligne isolée, et de réserver l’ECBU aux situations où des symptômes le justifient.

