La maladie de Lyme progresse dans les zones boisées françaises

La borréliose de Lyme est la maladie vectorielle transmise par les tiques la plus fréquente en France. Le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année a augmenté au cours des deux dernières décennies, avec des disparités régionales marquées. Quels territoires concentrent le risque, et quels facteurs expliquent ces écarts entre zones géographiques ?

Incidence de la borréliose de Lyme par région : les écarts en France

La répartition de la maladie de Lyme sur le territoire français n’est pas homogène. Les données de Santé publique France mettent en évidence une concentration nette dans certaines zones, tandis que d’autres restent relativement épargnées.

Zone géographique Niveau d’incidence Facteurs associés
Régions de l’Est (Alsace, Lorraine, Franche-Comté) Élevé Large couverture forestière, climat humide, populations de cervidés
Régions du Centre (Limousin, Auvergne) Élevé Zones boisées étendues, activités agricoles et forestières
Pourtour méditerranéen Faible Climat sec défavorable à la survie de la tique Ixodes ricinus
Zones urbaines denses Faible (mais en évolution) Peu de contact avec les milieux naturels, sauf lisières périurbaines

Les régions de l’Est et du Centre sont les plus touchées par la borréliose de Lyme. À l’inverse, le pourtour méditerranéen et les zones d’altitude restent moins concernés, car les conditions microclimatiques y sont peu favorables à Ixodes ricinus, le principal vecteur en Europe.

Randonneur en forêt française inspectant ses jambes pour détecter la présence de tiques dans une zone boisée à risque de maladie de Lyme

Tiques et maladie de Lyme hors forêt : le risque dans les jardins périurbains

La plupart des contenus sur la prévention des piqûres de tiques ciblent les promeneurs en forêt. Les données issues du programme de recherche participative CiTIQUE, mené par INRAE depuis 2017, montrent une réalité plus nuancée.

Une part notable des piqûres de tiques survient dans les jardins attenants aux zones boisées, les parcs périurbains et les franges forestières des lotissements. Le risque n’est pas cantonné aux sentiers de randonnée ou aux sous-bois profonds.

Plusieurs éléments expliquent cette extension géographique :

  • L’augmentation des populations de tiques sur le territoire métropolitain, liée à l’évolution des milieux forestiers et de la faune sauvage (chevreuils, rongeurs), qui servent d’hôtes aux différents stades de développement de la tique
  • Le changement climatique, qui modifie les périodes d’activité des tiques et favorise leur présence dans des zones auparavant moins exposées
  • L’étalement urbain vers les lisières forestières, qui multiplie les contacts entre les habitants et les habitats naturels des tiques

Cette évolution rend la prévention pertinente bien au-delà des seules sorties en forêt. Tondre régulièrement, limiter les hautes herbes en bordure de propriété et inspecter la peau après un passage au jardin sont des gestes qui concernent aussi les zones résidentielles proches des bois.

Prévention des piqûres de tiques : ce qui change en 2025

Les recommandations de prévention contre les piqûres de tiques ont longtemps reposé sur un socle stable : vêtements couvrants, répulsifs cutanés, inspection du corps au retour. Un changement récent mérite d’être signalé.

La Haute Autorité de Santé a modifié ses recommandations sur l’imprégnation des vêtements avec certains répulsifs. L’imprégnation intégrale, autrefois largement conseillée, n’est plus recommandée en raison de préoccupations liées à la toxicité potentielle pour l’utilisateur. La HAS privilégie désormais une application ponctuelle des répulsifs.

Ce recadrage ne remet pas en cause l’ensemble des mesures de prévention. Les gestes barrière les plus efficaces restent accessibles :

  • Porter des vêtements longs et clairs lors des sorties en milieu naturel, pour repérer plus facilement les tiques
  • Utiliser un répulsif cutané adapté sur les zones de peau exposées, en respectant les doses et la fréquence indiquées
  • Réaliser une inspection minutieuse du corps dans les heures suivant l’exposition, en insistant sur les plis (aisselles, aines, arrière des genoux, cuir chevelu chez l’enfant)
  • Retirer toute tique fixée à l’aide d’un tire-tique, sans écraser ni appliquer de produit, puis désinfecter

La maladie de Lyme est d’ailleurs reconnue comme maladie professionnelle chez les agents forestiers, ce qui souligne le niveau de risque pour les personnes régulièrement exposées aux milieux boisés.

Gros plan macro d'une tique Ixodes ricinus sur une feuille en forêt, vecteur principal de la maladie de Lyme en France

Borrelia burgdorferi et cycle de la tique Ixodes : pourquoi la surveillance est complexe

La bactérie responsable de la borréliose de Lyme, Borrelia burgdorferi, a été isolée pour la première fois chez une tique du genre Ixodes en 1982. En France et en Europe, le vecteur principal est Ixodes ricinus, une tique dure présente dans les forêts, pâtures boisées et jardins.

Le cycle de vie de cette tique comporte trois stades (larve, nymphe, adulte), chacun nécessitant un repas sanguin sur un hôte vertébré. La bactérie peut être acquise à chaque stade et transmise au stade suivant. Ce cycle long, étalé sur plusieurs années, rend la modélisation du risque particulièrement difficile.

Nouvelles espèces de tiques sur le territoire

Le changement climatique ne se limite pas à étendre la période d’activité d’Ixodes ricinus. Des espèces de tiques auparavant absentes gagnent du terrain en France, selon les observations récentes. Ces nouvelles espèces, adaptées à des conditions plus chaudes, pourraient à terme modifier la carte du risque vectoriel.

Les données du programme CiTIQUE, alimentées par les signalements citoyens, permettent d’élaborer une cartographie dynamique du risque en fonction des régions, des habitats et de la météorologie. Cette approche participative constitue un levier pour ajuster la surveillance aux évolutions du terrain.

La progression de la maladie de Lyme dans les zones boisées françaises reflète un ensemble de facteurs biologiques, climatiques et d’aménagement du territoire qui interagissent. Les données régionales d’incidence, combinées aux remontées du terrain sur les piqûres en zone périurbaine, dessinent un risque qui déborde largement le périmètre forestier. La prévention reste le principal levier d’action, en l’absence de vaccin disponible contre la borréliose de Lyme.

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